samedi 21 janvier 2017

Inventaire et observations sur les églises
Romanes précoces de l’Eure
(Xe-XIe siècles).


L’architecture romane précoce a depuis longtemps retenu l’attention de nombreux historiens de l’art et archéologues qui ont défini les critères remarquables de ces édifices (1). Récemment, les travaux de Jacques Le Maho et Jim Morganstern (2) sur l’église de Saint-Pierre de Jumièges ont permis d’avancer sur ce sujet en reculant la date d’édification de ce monument du XIe au IXe siècle. Ces recherches sur l’architecture et l’art préroman sont menées également en Bourgogne, en Champagne et dans les Pays de Loire sous la direction de Christian Sapin (3).

En 1997, un pré-inventaire des édifices dédiés à Saint-Martin, réalisé dans le cadre du XVIe centenaire de ce saint, avait mis en valeur le caractère précoce de plusieurs églises par rapport aux canons de l’architecture de la seconde moitié du XIe siècle (4). Sur les bases de ce premier travail, un inventaire plus large a été réalisé sur les églises présentant des archaïsmes architecturaux en Haute-Normandie et notamment dans l’Eure. Dans ce département, ce corpus regroupe actuellement cinquante-quatre, identifiées comme romanes précoces.

L’une des problématiques de cette étude est la question de la datation. Jusqu’à une date récente, les édifices concernés étaient classés comme indatables ou comme ayant été construits vers la seconde moitié du XIe siècle, voir au début du XIIe siècle. Certains historiens de l’art y voyaient un archaïsme rural. Or, de recherches récentes menées en Bourgogne et dans les Pays de Loire ont montré que des bâtiments cultuels comparables avaient été édifiés durant la seconde moitié du Xe siècle et les premières décennies du XIe siècle. Ces datations ont été possibles grâce à des éléments organiques retrouvés dans les mortiers et qui ont été datés par radiocarbone.

Les caractéristiques architecturales des églises romanes précoces.

L’appareillage des maçonneries de ces églises est généralement constitué d’un petit appareillage de silex ou de moellons calcaires. Ces matériaux sont souvent disposés en opus spicatum comme les églises Saint-Martin à Civières (canton d’Ecos, Eure) et Saint-Chistophe à Reuilly (canton d’Evreux II, Eure). Dans quelques cas, on observe des appareillages en opus vittatum avec des pastoureaux ou petits moellons calcaires comme à l’église Saint-Pierre à Courdemanche (canton de Verneuil-sur-Avre, Eure) et à l’église Saint-Georges à Quessigny (canton de Saint-André de l’Eure, Eure), avec parfois des alternances de lits de briques comme les églises Saint-Martin à Condé-sur-Risle (canton de Pont-Audemer, Eure), Notre-Dame-d’outre-l’Eau à Rugles (canton de Breteuil, Eure), Saint-Martin à Coudray-en-Vexin (canton de Gisors, Eure) et Saint-Georges à Saint-Georges-Motel (canton de Saint-André-de-l’Eure, Eure).


vendredi 20 janvier 2017

Château d'Ivry-la-Bataille 
(Département de l'Eure).

Nous avons tendance parfois à trop séparer l'étude archéologique des châteaux médiévaux de celle des églises de la même époque. Pourtant les canons de l'architecture sont comparables entre ces types d'édifices.

Voici l'exemple du Château d'Ivry-la-Bataille (Canton de Saint-André de l'Eure). Cet édifice, selon les sources écrites (Dudon de Saint-Quentin et Guillaume de Jumièges), aurait pu être construit à la fin du Xe siècle. L'architecture de cette Aula édifiée à la charnière des périodes carolingienne et capétienne est la seule construction civile de cette époque encore en partie en élévation dnas l'ancienne Haute-Normandie. En revanche, il existe dans cette région 76 églises dont l'architecture... et les méthodes de construction sont très comparables. Les datations au carbone 14 faites sur l'église de Pierre Ronde (Commune de Beaumesnil - Département de l'Eure) peuvent confirmer que ce château a été édifié dans le dernier tiers du Xe siècle.

Les parties les plus anciennes de cette forteresse sont construites en plaquettes calcaires de la vallée de l'Eure disposées en opus spicatum. Les arcatures des ouvertures sont faites de claveaux fins avec une alternance de calcaires et de terres cuites architecturales. Nous retrouvons ainsi les mêmes caractéristiques architecturales que les églises romanes précoces. A noter la présence des premiers contreforts qui ont pour particularité d'être composés d'un petit appareillage de pierre calcaire. On retrouve ce type de dispositif sur l'église Saint-Georges à Saint-Georges-Motel (Département de l'Eure).

jeudi 19 janvier 2017

Eglise de Sainte-Marguerite-en-Ouche
 (Canton de Bernay - Département de l'Eure).

Cette église comporte encore quelques parties pouvant dater de la première moitié ou du milieu du XIe siècle : appareillage en opus spicatum, absence de contreforts.

Malheureusement, la restauration des enduits extérieurs a masqué beaucoup de détails architecturaux. Une fois de plus, cela montre la nécessité de consulter des archéologues du bâti lors de restaurations.


Autre intérêt de cette église ce sont les décors peints à l'intérieur de l'édifice. J'attire votre attention sur la représentation de la Cène qui date d'époque romane. Les autres peintures remontent aux XVe et XVIe siècles.



La voûte lambrissée du XVIe siècle est en bon état et n'a pas subi de restaurations intempestives. Ainsi, les décors peints de ce plafond en bois sont dans l'ensemble d'origine et ressemblent fort à ceux de l'église voisine de Pierre Ronde.





Vue générale de l'église prise du Sud-Ouest.




Peinture murale représentant "La Cène" sur le mur Nord de la nef (XIe-XIIe siècle).


Cuverville 
(Canton des Andelys - Département de l'Eure) : 
Une église des XIe et XIIe siècles.

L'église Saint-Pierre à Cuverville avait jusqu'alors attiré l'intérêt des historiens de l'art pour son Chœur édifié au XIIe siècle dans un style roman tardif. C'est notamment pour cette raison que seule cette partie de l'édifice ainsi que le cocher avait été inscrit à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques en 1933. Jusqu'alors, la nef n’avait pas attiré l'attention. Les rares descriptions et analyses architecturales de cette partie de ce bâtiment étaient très laconiques et dataient cette construction d'un remaniement du XVIIIe siècle.
Or, des observations nouvelles permises par des recherches récentes sur les édifices romans, nous permettent de penser que la nef de l'église de Cuverville est bien antérieure au chœur et elle peut être rattachée aux constructions romanes précoces construites à l'aube du XIe siècle (1).

Eglise de Pierre Ronde 
(Canton de Bernay - Département de l'Eure).

Ce petit édifice cultuel, quand il a été redécouvert en 1993 par Frédéric Épaud, était voie d'être ruiné.

Après 20 ans de travaux avec principalement des bénévoles, cette église est maintenant hors d'eau. Par ailleurs, nous avons profité des travaux pour faire une étude d'archéologie du bâti de cette construction qui comporte des parties romanes précoces. Des prélèvements de brindilles et de charbon de bois dans les mortiers les plus anciens ont été réalisés et envoyés dans un laboratoire. Les résultats ont été très encourageants car sur les 4 échantillons, 3 ont donné une datation cohérente fin Xe-début XIe siècle.

La datation proposée en croisant les 3 résultats est 974 +/- 30.


Il est donc important quand on effectue une restauration d'un édifice ancien de consulter en plus des architectes, des archéologues du bâti qui permettent par la lecture des murs et une étude scientifique de revisiter l'histoire d'un bâtiment.






dimanche 15 janvier 2017

Les églises romanes précoces surélevées
aux XIIe-XIIIe siècles.

Eglises des Bottereaux, de Fontaine-la-Soret, de Valletot et de Calleville (Département de l'Eure).

Ces édifices cultuels ruraux construits vers l'an mil ont comme caractéristique commune d'avoir été surélevée aux XIIe ou au XIIIe siècle et d'avoir été repercée de fenêtres plus grandes.

On peut penser que c'est pour des questions d'économies que les hommes de l'époque ont agrandi certaines églises sur des constructions antérieures.

Cette thématique a l’intérêt de mettre en valeur les différentes phases de ces constructions. Par ailleurs, cela apporte des éléments intéressants sur l’évolution du peuplement et de la démographie entre l'an mil et les XIIe et XIIIe siècles.




Eglises préromanes et romanes précoces du Pays d'Ouche.

Le Pays d'Ouche est situé dans le sud du Département de l'Eure. Ce secteur Eurois est très riche sur le plan de l'architecture romane. Il reste encore beaucoup d'édifices ayant des parties très anciennes pouvant remonter à l'aube de l'an Mil.

Parmi ces églises, les parties les plus anciennes de Pierre Ronde dans la commune du Mesnil-en-Ouche, ont été datées par radiocarbone de la fin du Xe siècle ou des débuts du XIe siècle.

Voici une sélection de ces édifices anciens dont l'esthétique architecturale n'est certes pas toujours remarquable mais dont l'ancienneté et l'histoire font la richesse.