vendredi 27 janvier 2017

Inventaire et observations sur les églises
Romanes précoces de l’Eure
(Xe-XIe siècles).


L’architecture romane précoce a depuis longtemps retenu l’attention de nombreux historiens de l’art et archéologues qui ont défini les critères remarquables de ces édifices (1). Récemment, les travaux de Jacques Le Maho et Jim Morganstern (2) sur l’église de Saint-Pierre de Jumièges ont permis d’avancer sur ce sujet en reculant la date d’édification de ce monument du XIe au IXe siècle. Ces recherches sur l’architecture et l’art préroman sont menées également en Bourgogne, en Champagne et dans les Pays de Loire sous la direction de Christian Sapin (3).

En 1997, un pré-inventaire des édifices dédiés à Saint-Martin, réalisé dans le cadre du XVIe centenaire de ce saint, avait mis en valeur le caractère précoce de plusieurs églises par rapport aux canons de l’architecture de la seconde moitié du XIe siècle (4). Sur les bases de ce premier travail, un inventaire plus large a été réalisé sur les églises présentant des archaïsmes architecturaux en Haute-Normandie et notamment dans l’Eure. Dans ce département, ce corpus regroupe actuellement cinquante-quatre, identifiées comme romanes précoces.

L’une des problématiques de cette étude est la question de la datation. Jusqu’à une date récente, les édifices concernés étaient classés comme indatables ou comme ayant été construits vers la seconde moitié du XIe siècle, voir au début du XIIe siècle. Certains historiens de l’art y voyaient un archaïsme rural. Or, de recherches récentes menées en Bourgogne et dans les Pays de Loire ont montré que des bâtiments cultuels comparables avaient été édifiés durant la seconde moitié du Xe siècle et les premières décennies du XIe siècle. Ces datations ont été possibles grâce à des éléments organiques retrouvés dans les mortiers et qui ont été datés par radiocarbone.

Les caractéristiques architecturales des églises romanes précoces.

L’appareillage des maçonneries de ces églises est généralement constitué d’un petit appareillage de silex ou de moellons calcaires. Ces matériaux sont souvent disposés en opus spicatum comme les églises Saint-Martin à Civières (canton d’Ecos, Eure) et Saint-Chistophe à Reuilly (canton d’Evreux II, Eure). Dans quelques cas, on observe des appareillages en opus vittatum avec des pastoureaux ou petits moellons calcaires comme à l’église Saint-Pierre à Courdemanche (canton de Verneuil-sur-Avre, Eure) et à l’église Saint-Georges à Quessigny (canton de Saint-André de l’Eure, Eure), avec parfois des alternances de lits de briques comme les églises Saint-Martin à Condé-sur-Risle (canton de Pont-Audemer, Eure), Notre-Dame-d’outre-l’Eau à Rugles (canton de Breteuil, Eure), Saint-Martin à Coudray-en-Vexin (canton de Gisors, Eure) et Saint-Georges à Saint-Georges-Motel (canton de Saint-André-de-l’Eure, Eure).


Eglise Saint-Martin 
à Neaufles-Saint-Martin
(Canton de Gisors - Département de l'Eure).


Eglise Saint-Martin à Neaufles-Saint-Martin (Canton de Gisors - Département de l'Eure). Cet édifice cultuel bien que très remanié comporte encore quelques éléments intéressants d'architecture romane précoce et notamment une porte dans le mur sud de la nef dont les caractéristiques semblent plus carolingiennes que romanes. 

Cette église est principalement édifiée en opus spicatum et ne comporte malgré sa taille aucun contrefort. 

Les fenêtrés à petit claveaux fins sans pierre d'appui à la base sont également très intéressantes. Elles ressemblent aux ouvertures que l'on retrouve dans les édifices carolingiens ou romans précoces qui ont été édifiées entre le IXe et les premières années du XIe siècle.



Eglise Saint-Sylvestre
à Saint-Sylvestre-de-Cormeilles 
  Canton de Beuzeville - Département de l'Eure).


Cet édifice religieux a conservé des traces importantes d'architecture romane précoce. L'intérêt de cette église est notamment ses maçonneries constituées d'une alternance d'appareillage en opus spicatum et de petites pierres de tailles disposées horizontalement.

A noter la présence de petites fenêtres à petits claveaux fins ou à linteaux monolithes gravés.

Cette église fut lourdement remaniée au XVIe siècle et à l'époque moderne avec l'apport de contreforts et de fenêtres plus larges.

Un petit regret concernant les joints qui ont été refaits récemment et qui masquent une partie des détails architecturaux.



samedi 21 janvier 2017

Portes d'Eglises 
du premier âge roman
en Haute-Normandie.

Il existe peu de portes d'églises datant du premier âge roman (Seconde moitié du Xe siècle-première moitié du XIe siècle). En effet, ils ont souvent disparu et ont été remplacés par des portes plus grandes ou sculptées, parfois dès le XIIe siècle.

Sur 78 églises romanes précoces recensées en Haute-Normandie, seules 9 d'entre elles ont une porte pouvant dater de leur première phase de construction : Saint-Médard à Ailly (Eure), Saint-Michel à Bardouville (Seine-Maritime), Saint-Martin à Condé-sur-Risle (Eure), Saint-Pierre à Fains (Eure), Saint-Antonin à Hautot-sur-Seine, Saint-Martin à Neaufles-Saint-Martin (Eure), Saint-Georges à Romilly-sur-Andelle (Eure), Saint-Georges à Saint-Georges-Motel (Eure) et Saint-Sulpice à Tosny (Eure).


Eglises Saint-Sauveur à Sahurs 
(Canton de Canteleu - Département de la Seine-Maritime)
et Saint-Michel à Bardouville 
(Canton de Barentin - Département de la Seine-Maritime).

Ces deux édifices cultuels, situés sur le territoire de la Métropole de Rouen ont des parties construites aux alentours de l'An Mil.



Chapelle / Eglise Saint-Antonin 
à Hautot-sur-Seine 
(Canton de Canteleu - Département de la Seine-Maritime).

Cet édifice était jusqu'alors considéré comme une construction renaissance pour le chœur et moderne pour la nef. Grâce à Jean-Bernard Seille, Maire d'Hautot-sur-Seine, cette chapelle qui au cours de son histoire fut également une église paroissiale, a pris quelques rides. En effet, il a redécouvert des photographies de madame Fernande Obselin. 

On remarque sur ces clichés qu'avant une restauration de 1961, on pouvait voir, au niveau de la nef de cet édifice, un appareillage calcaire en "Opus spicatum" ainsi qu'une fenêtre romane qui n'est plus visible.


Du passé roman précoce de ce bâtiment, on peut encore distinguer une porte dans le mur nord qui comporte un linteau-tympan monolithe surmonté d'une arcature en plein cintre.

A suivre...



vendredi 20 janvier 2017

Château d'Ivry-la-Bataille 
(Département de l'Eure).

Nous avons tendance parfois à trop séparer l'étude archéologique des châteaux médiévaux de celle des églises de la même époque. Pourtant les canons de l'architecture sont comparables entre ces types d'édifices.

Voici l'exemple du Château d'Ivry-la-Bataille (Canton de Saint-André de l'Eure). Cet édifice, selon les sources écrites (Dudon de Saint-Quentin et Guillaume de Jumièges), aurait pu être construit à la fin du Xe siècle. L'architecture de cette Aula édifiée à la charnière des périodes carolingienne et capétienne est la seule construction civile de cette époque encore en partie en élévation dnas l'ancienne Haute-Normandie. En revanche, il existe dans cette région 76 églises dont l'architecture... et les méthodes de construction sont très comparables. Les datations au carbone 14 faites sur l'église de Pierre Ronde (Commune de Beaumesnil - Département de l'Eure) peuvent confirmer que ce château a été édifié dans le dernier tiers du Xe siècle.

Les parties les plus anciennes de cette forteresse sont construites en plaquettes calcaires de la vallée de l'Eure disposées en opus spicatum. Les arcatures des ouvertures sont faites de claveaux fins avec une alternance de calcaires et de terres cuites architecturales. Nous retrouvons ainsi les mêmes caractéristiques architecturales que les églises romanes précoces. A noter la présence des premiers contreforts qui ont pour particularité d'être composés d'un petit appareillage de pierre calcaire. On retrouve ce type de dispositif sur l'église Saint-Georges à Saint-Georges-Motel (Département de l'Eure).